Plusieurs d’entre nous avons, à notre façon, pratiqué le romantisme sentimental, au moins dans la clandestinité de notre imagination, lorsque notre entourage ne nous fournissait pas un milieu favorable à ses épanchements. Notre besoin inassouvi d’être aimés nous pousse parfois en effet au fantasme et à l’illusion d’aimer. C’est sans doute ce qu’exprimait de façon si touchante un jeune troubadour moderne dont la complainte, bien qu’intitulée Demande, commençait à chaque couplet par les mots : « Je voudrais te donner… » Pour aussi ingénieuses que soient nos transpositions de demandes en offres, elles ne conduisent qu’à une frustration plus grande encore. De telles requêtes constituent un départ de soi-même à la recherche de la potion magique, du remède ultime, du Graal, et ressemblent en cela à la consommation d’alcool : la quête de transcendance n’y est jamais satisfaite et le corps ou le cœur abusé finit par présenter sa facture.
La démarche que nous poursuivons à travers la pratique des Douze Étapes permet la clarification de nos interactions avec les autres, en particulier en ce qui concerne l’expression de nos besoins et la pratique du don inconditionnel. Apprendre à demander et à recevoir constitue une des difficultés majeures de notre rétablissement, car cela exige un changement profond au niveau de l’estime que nous avons de nous-mêmes. Parallèlement, nous apprenons à donner de façon désintéressée, mettant à profit l’anonymat afin d’éviter le piège du don qui attend son merci. Nous découvrons alors que, bien plus que la reconnaissance des autres, la joie de donner est la propre rétribution du don désintéressé.
Résonance
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