Treize octobre

Un enfant de toujours par un baiser unique Plus insouciant qu’un premier papillon À l’aube le printemps lui donne une seconde Et la mort est vaincue un enfant sort des ruines. Derrière lui les ruines et la nuit s’effacent.

— Paul Éluard

   L’enfant en nous est le symbole de notre réconciliation avec la vie. Une bande dessinée de Jules Feiffer, dans “Passages” de Gail Sheehy, passe en revue les transitions importantes de la vie en y mettant le monologue suivant : “À cinq ans, lorsqu’on m’a traîné à l’école, je me rappelle avoir crié : ‘Attendez, je ne suis pas prêt!’ À dix ans, quand on m’a envoyé en colonie de vacances, je me rappelle avoir crié : ‘Attendez, je ne suis pas prêt!’ À dix-neuf ans, quand j’ai dû faire mon service militaire, je me rappelle avoir crié : ‘Attendez, je ne suis pas prêt!’ À vingt-trois ans, lorsque j’ai dû me marier, je me rappelle avoir crié : ‘Attendez, je ne suis pas prêt!’ À vingt-quatre, vingt-cinq, vingt-six et vingt-sept ans, à la naissance de mes enfants, je me rappelle avoir crié [chaque fois] : ‘Attendez, je ne suis pas prêt!’ Pour finir, à cinquante ans, j’ai laissé tomber ma femme, mes enfants et mes petits-enfants et je ne reviendrai que lorsque je serai prêt!”

   Plusieurs d’entre nous ont pris le maquis très jeunes et se sont juré de n’en ressortir que lorsqu’ils seraient prêts, c’est-à-dire en sécurité et libres. Beaucoup plus tard, isolés, animés par un sentiment de vide et une soif insatiable d’absolu, ils se lancent parfois dans une recherche effrénée du temps perdu. Le message de l’entraide rejoint celui des poètes, des sages et des fous : il faut avoir le cœur d’un enfant pour connaître ce que les uns appellent la Vie, d’autres le Royaume, la Sérénité ou la Plénitude. Pour convaincre notre enfant intérieur de reprendre contact avec nous, nous éliminons ce qui peut l’effrayer, nous l’apaisons et nous l’aimons, car l’amour libère les enfants.

Aujourd’hui, mon enfant sort de l’ombre.

Résonance

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