Dans son ouvrage sur la psychologie de la conscience, Robert Ornstein raconte l’histoire qui suit. Il était une fois une ville dont tous les habitants étaient aveugles. Un roi et son entourage vinrent y établir leur campement. Le roi possédait un énorme éléphant qui lui servait à impressionner les foules afin de mieux établir son autorité. La population en entendit parler et les plus curieux se mirent en quête de palper l’éléphant afin de se faire une idée de cet animal dont on parlait avec une admiration mêlée de terreur. Revenus chez eux, leurs concitoyens les entourèrent en grand nombre afin de leur demander de décrire l’éléphant royal. Celui qui avait palpé les oreilles s’écria: “Il est plat et rugueux, un peu comme un tapis.” Celui qui avait palpé la trompe s’interposa: “Non, il est rond et souple comme un tuyau et d’une force colossale.” Un troisième qui avait palpé une patte les reprit vivement: “Pas du tout, il est rigide et puissant comme une colonne.” Chacun avait perçu un aspect de la réalité et tous avaient tort.
La sensibilité la plus raffinée et l’intelligence la plus vive ne sauraient suffire pour saisir dans son ensemble la réalité mystérieuse dont nous faisons partie. Il ne s’agit pas de minimiser l’utilité de la science et de l’observation: nous leur devons une grande partie des techniques qui assurent notre survie matérielle. Il s’agit seulement d’y adjoindre une acceptation du mystère. Entre chercher intensément un sens à la vie et vivre, se situe un précipice qui est franchi par la capitulation de la volonté de puissance dont le désir de comprendre est une manifestation. Sur l’autre rive de ce précipice, le sens de la Vie est tout simplement de vivre. Le saut est difficile, surtout quand on n’a pas confiance.
Aujourd’hui, je ne cherche pas, je trouve.
Résonance
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