Le chagrin et le deuil sont probablement les deux états d’âme que nous évitons le plus systématiquement. Pour beaucoup d’entre nous, le chemin de la croissance s’avère jonché des chagrins et des deuils incomplets d’hier. Dans bien des cas, nous devons admettre que nous n’avons même pas commencé à faire face aux nombreuses pertes dont nous avons fait l’expérience depuis l’enfance. Les uns se souviennent à peine du grand-père sur les genoux duquel ils savaient se laisser bercer et qui, du jour au lendemain, avait disparu sans explication, les autres se rappellent de la nouvelle effroyable que maman ou papa était “parti pour un long voyage”. Pour d’autres, le souvenir est encore frais du chat ou du chien bien aimé qui, un soir, n’avait plus répondu à l’appel de leur petit maître, ou de l’ami dont les parents avaient déménagé, laissant un jeune amour en suspens. On essayait de nous consoler en nous achetant un jouet ou une friandise, en nous disant que grand-père, maman ou papa étaient très heureux là où ils étaient, que l’on nous trouverait un petit chat “encore plus gentil”, qu’il fallait surtout arrêter de pleurer, si tant est qu’il nous ait été permis de pleurer. Nous priver ainsi de notre chagrin scellait en nous la douleur d’un mal que nous allions passer la majeure partie de notre vie à distraire.
Plus tard, parfois beaucoup plus tard, ayant retrouvé le chemin de ces chagrins enfouis, nous avons traversé une période de deuil et, ce faisant, avons retrouvé la sérénité. “Adieu” est un mot important et difficile à prononcer. “Grand-père, papa, maman, amis disparus, j’honorerai votre mémoire en vivant encore plus pleinement aujourd’hui. Adieu.”
Aujourd’hui, ma joie est dans la coupe qu’ont creusée mes adieux.
Résonance
Si cette feuille a fait naître en vous une pensée, une émotion ou un écho, vous pouvez la déposer ici, simplement. Cet espace n’est pas un lieu de débat, mais un lieu de partage discret et respectueux.