Vingt et un septembre

Le jour est paresseux mais la nuit est active.

— Paul Eluard

Par une nuit obscure,
Le coeur enflammé de désir,
Oh! la merveilleuse aventure!
Je sortis sans qu’on me voie,
La paix régnant alors en ma demeure.
Dans l’ombre et sûre de moi,
Par l’escalier secret, je me dérobai,
Oh! la merveilleuse aventure!
Dans l’ombre et voilée,
La paix régnant alors en ma demeure.
En cette nuit de grâce,
Secrètement, car nul ne m’aperçut,
Et je ne vis rien,
Je partis sans autre lumière ou guide
Que celle qui me brûlait le coeur.
Ce feu me guida,
Plus sûrement qu’un soleil de midi,
Jusqu’au lieu où Il m’attendait,
Lui que je connaissais si bien,
En un lieu où l’on ne voyait personne.
Ô nuit, mon guide! Ô nuit, plus douce que l’aurore! Ô nuit qui réunit
L’Amant et l’aimée,
L’aimée transmutée en son Amant!
Sur mon sein épanoui,
Qui ne s’était gardé que pour Lui,
Il tomba endormi
Et je Le caressai
Dans la brise d’un éventail de cèdres.
L’air qui tombait des remparts,
Alors que mes doigts jouaient dans sa chevelure,
De sa main suave
Blessa mon cou,
Et suspendit tous mes sens.
Je restai là, perdue à moi-même,
Le visage penché sur l’Amant;
Tout s’arrêta et je m’évanouis,
Abandonnant mes soucis
Au milieu des lys.

La nuit noire de l’âme, Saint Jean de la Croix (traduction D. Laguitton)

Résonance

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