L’enfant a tendance à intérioriser une image idéale de ses parents. Au fil des ans, l’écart entre cet idéal et la réalité ne fait que s’accroître, sauf dans les familles parfaites des romans ou de la télévision. Lorsque l’écart entre le parent idéal et le parent réel prend des proportions trop considérables, comme c’est le cas dans les familles où se pratique l’abus physique, sexuel ou émotionnel, l’idéal, s’il sert temporairement à la survie, devient une source de conflit et une véritable toxine de l’âme. Qu’il soit rebelle ou soumis, l’individu qui n’a pas résolu ses conflits parentaux, externes ou internes, est incapable d’évoluer vers une maturité d’adulte. C’est en ce sens que nous devons d’abord devenir orphelins pour pouvoir devenir adultes. Les parents idéalisés que nous portons en nous doivent en effet mourir pour que, mettant fin à une comparaison injuste, nous puissions accepter ceux que nous avons vraiment. Ces derniers sont malheureusement très souvent disparus avant que nous n’ayons eu le temps de les connaître sans interférence. Il en va de même dans la plupart des relations que nous entretenons avec les autres, avec le sexe opposé, avec l’autorité, avec nos propres conjoints et avec nos enfants. L’idéal y alimente l’attente et le conflit.
Devenir orphelins des parents idéaux auxquels nous vouons peut-être encore un culte est notre tâche la plus pressante si nous voulons connaître la liberté d’accepter et d’aimer les parents que la vie nous a donnés. Le soutien affectif de l’entraide nous permet d’aborder en sécurité cette étape importante de deuil.
Résonance
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Anonyme
Mon père était alcoolique et déprimé, ma mère, qui avait pris en main la survie de la cellule familiale, était devenue endurcie et amère.
Ce n’est qu’après des années d’errance que j’ai découvert la grande famille de l’entraide où j’ai appris que l’alcoolisme est une maladie et que le conjoint d’une personne alcoolique (toxicomane, etc.) devient irritable et déraisonnable sans s’en apercevoir. J’ai ainsi pu cesser de leur en vouloir de ne pas avoir été les parents idéaux et aimants que j’imaginais chez les autres et reconnaître que je n’ai pas été moi-même un parent idéal.
Je n’ai plus envers eux que compassion et gratitude pour ce que je leur dois de plus précieux : la vie. « D’autres ont semé, et vous avez moissonné dans ce qui leur a coûté tant de peine. »