Vingt-trois février

Sous prétexte que la perfection n’est pas de ce monde, ne gardez pas, soigneusement, tous vos défauts.
—Jules Renard

   Le perfectionnisme est pour l’homme la certitude de l’échec si, par perfectionnisme, il s’emploie à faire de ses oeuvres l’ultime expression de sa recherche d’infini. Les yeux fixés sur ses idéaux, il en oublie qu’il est humain, que ses paupières ont besoin de clignoter, ses poumons de respirer, sa vessie de se vider. Il n’est pas du tout certain que nous devions au perfectionnisme les oeuvres les plus sublimes. Il est permis de penser qu’un Michel-Ange perfectionniste aurait buriné le marbre de son David jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un tas de poussière blanche ou ne l’aurait jamais commencé. La conséquence la plus tragique du perfectionnisme est qu’il nous prive de la satisfaction d’être la personne que nous sommes vraiment pour éviter de reconnaître notre imperfection. L’humanité tout entière est perdante lorsque le perfectionnisme paralyse l’expression d’un seul de ses membres.

   Les fraternités d’entraide nous fournissent un terrain privilégié où nous apprenons à mettre le perfectionnisme en échec et à nous réconcilier avec la race humaine. Notre croissance personnelle s’amorce lorsque nous reconnaissons dans nos limites le creuset où se cristallise le génie de notre humanité.

Aujourd’hui, je suis humain.

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