Il était une fois un rocher au bord d’une mer couleur d’émeraude. À marée haute, la tête du rocher devenait une île où les amateurs de pêche à la ligne qui s’étaient laissés entourer pouvaient se livrer à leur loisir favori pendant plusieurs heures. À marée basse, un banc de galets et de sable permettait de s’y rendre à pied sec pour chercher crabes et coquillages dans les interstices de la roche et les mares remplies d’algues. Un jeune enfant s’y rendait parfois seul et y passait de longues heures à rêver, le regard perdu vers le large. Il s’y sentait en sécurité, comme sur une mini planète qu’aucun adulte ne pouvait atteindre une fois la mer remontée. Ayant grandi, il dut partir loin de son rocher, mais il continua à s’isoler sur des îles imaginaires. C’était sa façon de se protéger des autres. Un jour, dans un rêve, il se trouva transporté sur le rocher de son enfance. La mer s’était retirée si loin que le rocher était totalement à sec et qu’on pouvait voir, du côté du large, un fond de sable doré qui n’avait jamais été découvert. Il descendit en toute hâte explorer le pied de la roche qu’il voyait pour la première fois, mais il n’y trouva qu’un modeste crabe qui se laissa facilement attraper.
Remontant alors sur la pointe de ce qui avait été son île, l’enfant contempla la mer, très loin, et s’aperçut qu’il était perché au sommet d’une montagne. La peur l’avait quitté, même à marée basse. Un sentiment d’euphorie l’envahit. Il venait de comprendre qu’il n’avait plus besoin d’île pour se sentir libre.
Résonance
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