Beaucoup ont fait très tôt l’expérience d’une impuissance douloureuse face à l’”absence” de leurs aînés au niveau des émotions, que ces derniers aient été indisponibles pour des raisons professionnelles qu’on avait tendance à idéaliser ou par suite de compulsions que l’on réprouvait. Lorsque notre attitude face à l’impuissance s’est forgée à l’école de la carence affective, nous ne sommes pas particulièrement bien équipés pour faire face à la multitude de situations devant lesquelles nous n’avons aucun contrôle. “Jamais plus je ne serai à la merci des autres” est la devise de bien des adultes nés de parents alcooliques. Les plus déterminés vont au bout de leur logique et leur étendard proclame “Ni Dieu, Ni Maître”. La perte de contrôle, même si elle n’est qu’appréhendée, déclenche en nous une réaction violente, celle de l’assiégé dont le donjon est menacé par l’ennemi. Qu’importe l’inconfort pourvu que nous en ayons le contrôle. Qu’importe la catastrophe pourvu que ce soit nous qui ayons l’initiative.
On finit par se sentir seul, surtout dans un château fort, et on se pose, tôt ou tard, la question de la capitulation ou du saut sacrificiel du haut des remparts. Heureux sommes-nous si, avant de faire ce choix fatidique, nous avons le privilège de pouvoir comprendre ce qui nous est arrivé. Il ne suffit pas, pour être libérés de la compulsion de contrôler, de comprendre qu’elle protège l’enfant en nous qui a fait l’expérience pénible de l’impuissance, encore faut-il le convaincre qu’il peut maintenant réapprendre la spontanéité. En lui offrant un environnement où règne la sécurité, nous pouvons l’apprivoiser.
Résonance
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