Parmi les traits de caractère les plus courants chez les adultes issus d’un milieu dysfonctionnel, l’habitude du « tout ou rien », du « noir ou blanc », est probablement celle qui fait le plus obstacle au changement. Lorsque nous vivons sous le signe de la peur, il n’est, en effet, solution plus ingénieuse que de ne s’intéresser qu’aux situations dont nous avons parfaitement le contrôle : celles qui sont totalement prévisibles en étant « tout » et celles qui le sont en n’étant « rien ». Au diable les compromis et les nuances de gris ! Munis de ce crible radical pour séparer ce qui est « acceptable » de ce qui ne l’est pas, nous traversons la vie de façon rigide, irrités par tout ce qui ne se plie pas facilement à notre volonté et ne tombe pas dans l’une ou l’autre de nos deux catégories exclusives. Réduits à l’isolement et à la frustration, certains en sont ainsi arrivés aux portes de l’entraide.
Les mots crible et crise ont la même racine qui exprime l’idée de séparation et de décision, nous rappelant que la crise est une occasion de reconsidérer nos choix. L’acceptation et la modération qu’on nous demande de mettre en pratique dans tous les domaines de notre vie nous apparaissent peut-être encore comme l’éloge de la passivité et une trahison de nos idéaux noirs ou blancs, mais peu à peu, nous y découvrons une méthode d’action et de changement à laquelle nous devons des victoires qui avaient bel et bien échappé à toute la détermination et l’impulsivité de notre passé. Notre mission n’est pas de réformer le monde, mais d’y contribuer en cultivant en nous l’expression la plus fidèle possible de l’harmonie universelle. Une étincelle à la fois, s’allument les plus grands feux ; une goutte à la fois, la pluie les éteint.
Résonance
Si cette feuille a fait naître en vous une pensée, une émotion ou un écho, vous pouvez la déposer ici, simplement. Cet espace n’est pas un lieu de débat, mais un lieu de partage discret et respectueux.