Une des difficultés auxquelles nous devons faire face lorsque nous écoutons ceux qui nous accueillent à nos premières réunions est un sentiment d’incrédulité lorsqu’ils nous disent avoir pratiqué les principes des Douze Étapes, “un jour à la fois”, depuis cinq ou dix ans. Nous n’y arriverons jamais, pensons-nous, nous empressant de calculer qu’en dix ans il y a plus de trois mille six cents jours! Nous connaissons la torture mentale d’avoir repoussé jusqu’au lendemain le prochain verre, la cigarette, l’injection, la pâtisserie au chocolat, le coup de téléphone ou la lettre d’amour impulsive. Quiconque nous annonce avoir remis à demain, plus de trois mille fois, ces gratifications puissantes n’a probablement aucune idée de ce qu’elles représentent pour nous. C’est pourtant bien un jour à la fois que nous avons sombré dans le précipice de notre affliction.
Comme un patient qui accepte avec détermination la lente rééducation de membres ankylosés par un séjour prolongé dans le plâtre, il nous faut patiemment soumettre nos émotions atrophiées au massage subtil de l’entraide. Notre plus gros handicap est de n’avoir jamais connu la santé affective et de n’avoir qu’une idée très vague de ce à quoi nous aspirons. Il nous faut donc être attentifs aux messages de ceux qui nous ont devancés dans leur rétablissement lorsqu’ils nous disent que “le premier pas vers la sagesse est le silence, le second est l’écoute attentive.”
Aujourd’hui, j’écoute le silence avec patience.
Résonance
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