Vingt-neuf avril

S’il n’y avait point d’avenir, cela venait aussi de ce que son passé l’avait abandonné. Ou bien parce qu’il en était tombé, tel un oiseau mourant d’un nid inachevé.

— Manès Sperber

   L’abandon, l’oiseau mourant et le nid inachevé sont des images puissantes pour les nombreux mal-aimés dont l’avenir semble irrémédiablement compromis par le fardeau de leur passé, jusqu’au jour où ils entendent
le témoignage poignant d’un survivant lors d’une réunion d’entraide. Ayant connu sinon la mort de l’âme, au moins son agonie et sa nuit, l’”entraidant” qui témoigne a franchi les portes de la souffrance, du deuil, du pardon et de la gratitude. Il parle aujourd’hui de lumière, de sérénité et d’un présent qui dure plus longtemps que tous les avenirs dont il avait cru ne jamais atteindre l’horizon fuyant. Son discours est porteur de guérison.
Notre retour à la vie passe par la solidarité des éclopés chercheurs de lumière.
   L’isolement est souvent un réflexe regrettable lorsque nous nous sentons déjà trop seuls. Le premier acte héroïque de notre rétablissement est le premier pas que nous faisons vers un nid infiniment mieux adapté à nos besoins que celui auquel nous attachent peut-être encore les fantasmes de notre oiseau blessé.
Personne, dans ce nid-là, ne dérobera notre individualité en nous rognant les ailes et personne ne nous y jugera.

Aujourd’hui, je célèbre la découverte d’un nid d’où il m’est possible d’apprendre à voler.

Résonance

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