Le préjugé est une des manifestations de l’égocentrisme. En utilisant la généralisation ou l’affabulation, nous nous dotons d’un poste d’observation fortifié d’où nous tentons de contrôler les événements et les individus. Vivre avec des préjugés équivaut à examiner une peinture impressionniste sur un téléviseur en noir et blanc et à en écrire la critique. Par nos préjugés, nous amputons la réalité de toute sa richesse, nous privant, de ce fait, de la richesse de l’expérience. Sans préjugé et sans attente, la blessure est possible, mais pas la déception.
Nous le savons d’ailleurs fort bien lorsque nous nous servons du pessimisme afin de n’être jamais déçus. Il y a préjugé chaque fois qu’il y a comparaison et la difficulté provient du fait que notre survie requiert fréquemment des comparaisons. C’est en ayant recours à notre expérience ou à celle des autres dans des situations de danger que nous évaluons les situations nouvelles et développons un sens adapté du risque. Par contre, nous restreignons souvent notre champ d’expérience en vertu du principe que « chat échaudé craint l’eau froide ».
« Il ne faut faire confiance à personne » est un des préjugés en vogue dans les familles où l’on réprime les émotions. Nous devons apprendre à contribuer, par nos choix, à réduire le risque associé à la confiance. Pour ce faire, nous nous familiarisons avec la confiance en l’offrant aux autres dans le contexte protégé des fraternités d’entraide. Nous apprenons aussi à ne pas assortir les gestes de confiance que nous posons d’une sentence d’autopunition si, malheureusement, notre confiance semble trahie. On ne saurait, en effet, faire confiance à la vie sans accepter aussi la part de souffrance qui sollicite sans cesse notre détachement et sur laquelle se fonde notre transcendance.
Résonance
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