La société moderne tend à banaliser la mort, à la maquiller ou tout simplement à la cacher. Dans bien des traditions, la mort tient, au contraire, une place importante que l’on célèbre comme un passage. Pour les Bretons, le personnage central de la mort est l’Ankou, encore appelé le Pourvoyeur, celui qui, monté sur une charrette aux lourds essieux grinçants ou sur une barque funèbre, fait passer les âmes vers un autre monde. Le livre tibétain des morts énumère les recommandations dont chacun devra se souvenir au moment de la mort et qu’on continue de lire au défunt afin que son âme ne s’égare pas durant la transition. Nous avons abandonné les rites qui marquaient les passages les plus importants de la vie, naissance, maturité sexuelle et mariage. La relation apparente qui existe entre la perte de traditions spirituelles et la propagation de l’alcoolisme est frappante, en particulier si l’on pense à la tradition celte virtuellement disparue d’Irlande et de Bretagne et au génocide culturel infligé aux peuples amérindiens. Les passages mal négociés s’accompagnent d’un désir de retour en arrière, véritable agonie spirituelle, tragédie ultime que veut sans doute éviter le livre des morts. Les adultes nés en milieu dysfonctionnels en savent quelque chose. La société moderne tout entière est en proie à une soif insatiable et son avidité est l’opposé de la sobriété. La génération qui nous suit naît, en ce sens, de parents ivres.
À bien des égards, les Douze Étapes sont un livre des morts. Elles guident notre passage de la foi égocentrique à l’éveil spirituel. Ce n’est pas la première fois que le paradoxe frappe en matière de vie spirituelle: apprendre à mourir, c’est apprendre à vivre.
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