Nous avons probablement connu des situations où l’idée même du pardon semblait révoltante. “Jamais!” est la réponse qui nous sortait droit du cœur lorsqu’on nous suggérait le pardon. De la blessure nous étions passés à la colère, de la colère contenue au ressentiment et à la rancune. Tenir rancune signifie littéralement “devenir rance”, perdre sa fraîcheur. À la blessure originelle s’ajoute donc l’arrière-goût désagréable du rancissement ou de l’amertume. Le refus du pardon est parfaitement compréhensible tant que nous ne bénéficions d’aucun soutien pour en franchir la porte libératrice.
La phase primordiale du pardon est l’ouverture à une puissance supérieure qui nous permet d’effectuer en sécurité le passage de la bravade à la liberté. Un enfant qui tombe devant un inconnu se relève en s’efforçant de masquer sa douleur. Qu’on lui ouvre deux bras familiers, il s’y précipitera en sanglots. On a malheureusement tendance à penser que faire le brave est une distinction. Lorsque nous savons exprimer souffrance ou colère, elles débouchent sur le deuil. À une lettre près, le deuil est un seuil. Pour beaucoup, quand vient le moment de le franchir, il ne leur reste qu’à se pardonner de s’en être si longtemps privé.
Résonance
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