Deux janvier

Le véritable travail, c’est de savoir attendre.

— Jean Rostand

  Le travail et les activités dites “de loisir” nous servent parfois à faire diversion à nos émotions. Toute activité du corps ou de l’esprit peut être pratiquée de façon compulsive pour distraire un malaise intérieur d’origine récente ou transporté, comme un passager clandestin, depuis l’enfance. Compter les marches d’un escalier, les barreaux d’une fenêtre de classe ou les moutons sur la tapisserie de notre chambre d’enfant sont des exemples apparemment inoffensifs de la façon dont nous avons appris à pratiquer l’évasion mentale. Plus tard, cette comptabilité d’enfant fait place aux obsessions plus sophistiquées d’adultes “responsables”. Les travaux les plus anodins comme s’occuper du ménage et bricoler peuvent, si on les pratique de façon compulsive, devenir la drogue dont nous nous servons pour anesthésier la réalité de nos émotions. La conséquence tragique d’anesthésier ainsi les émotions est de devenir des êtres partiels, amputés.

   La tâche la plus difficile de notre rétablissement est, pour beaucoup, de ne pas agir et de laisser nos émotions se manifester au niveau conscient. L’inconfort qui accompagne en nous le silence et l’immobilité du corps et de l’esprit est un indice qu’il nous est difficile d’exister sans le support d’une activité d’évasion, aussi insignifiante soit-elle. Nos premières expériences de méditation nous paraissent ainsi plus difficiles que les travaux d’Hercule. Dans le climat de sécurité des groupes d’entraide, nous pouvons entreprendre, sans nos distractions habituelles, le lent travail d’attente et de découverte de soi qui permet à nos activités professionnelles ou de loisir d’être des moyens d’expression plutôt que des rituels d’évasion.

Aujourd’hui, l’attente est mon travail le plus important.

Résonance

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