Treize février

Les hommes dont la nature ne contient plus rien de féminin ne sont pas tout à fait humains.
—Helge Krog

   Ce que nous prenons pour des critères de virilité et de féminité ne reflète souvent que des stéréotypes qui nous sont parvenus à travers les âges, modelés par les forces complexes des cultures, des croyances et mœurs qui nous ont précédés. Or, ces cultures, nous le savons, ont souvent défendu des valeurs rétrogrades qui nous semblent aujourd’hui bien naïves. L’affirmation par Galilée que la terre tournait autour du soleil l’a conduit en prison et on dit que Freud lui-même a édifié sa théorie du complexe d’Oedipe pour éviter la réalité, inconcevable à l’époque, de l’abus sexuel dont plusieurs de ses patientes avaient été victimes pendant leur enfance.
Le « sexe fort » et le « sexe faible » sont des expressions qui, si elles reflètent la masse musculaire des individus concernés, ouvrent surtout toutes grandes les portes des préjugés qui règnent dans les sociétés patriarcales. Les contes de notre enfance ont subtilement contribué à propager ces préjugés dans la mesure où nous les avons lus au seul niveau
superficiel dont nous étions capables : les princes charmants y sauvent les beautés en détresse, les filles y sont sacrifiées, et les garçons se distinguent par leur témérité. En fait, le symbolisme du masculin et du féminin des contes et de la mythologie a bien peu de rapport avec l’identité sexuelle extérieure.
   Nous recherchons souvent chez les autres des caractéristiques que nos préjugés nous empêchent de cultiver en nous. Nous critiquons de la même manière des traits que nous ne pouvons accepter en nous- mêmes. La connaissance de soi passe par l’intégration d’attributs que nous pensions être l’exclusivité de l’autre sexe. Les contes de fées prennent alors une signification bien différente et les dragons qu’on y trouve ressemblent à bien des égards aux forces intérieures que nous devons apprivoiser.

Aujourd’hui, je dépasse les stéréotypes du masculin et du féminin en moi et autour de moi.

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