Dans nos sociétés occidentales, pleurer n’est considéré comme une façon acceptable de manifester ses émotions que dans des circonstances exceptionnelles. On parle même de “dignité” lorsqu’un adulte affligé parvient à retenir ses larmes. Nombreux sont ceux et elles à qui on a demandé, pendant leur enfance, de mettre fin à leurs larmes sans quoi on leur “donnerait une bonne raison de pleurer.” Ce que nous ne savions pas devant ces remontrances, c’est qu’elles exprimaient avant tout l’inconfort de nos aînés devant les larmes. Ne leur avait-on pas appris à eux aussi que contenir ses larmes est un signe de force intérieure, surtout pour les garçons? On ne doit donc pas s’étonner que, sur la base de tels principes, l’obscurité des salles de cinéma voie tant d’adultes faire disparaître, avant la fin du film qui les a émus, les larmes qui leur ont échappé; “dignes”, ils quittent la salle en commentant la qualité des prises de vue ou en cherchant nerveusement leurs clés. Nos miroirs aussi en diraient long s’ils pouvaient parler des larmes qui y ont brouillé notre image aux moments de solitude.
La fin de l’exil qui nous sépare peut-être encore de notre intégrité exige que nous redonnions aux larmes leur rôle de porteuses de tristesse et de joie. Nos groupes d’entraide sont des lieux sûrs où les larmes qui jaillissent des profondeurs sont accueillies comme des cadeaux et honorées comme des marques de bravoure.
Aux messages répressifs d’hier, nous substituons des affirmations qui nous libèrent.
Résonance
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