Je vibre, je ressens, je sais, non pas du savoir des livres, mais de celui du cœur. La nuit. Le chemin de la vie serpente dans la nuit, celle du cœur qui a erré dans les plaines, dormi sur les corniches avec les oiseaux de mer et est arrivé en loques à l’oasis, au puits. Il faut entrer dans la nuit, il faut y hurler des chansons de fous, il faut y rire avec les étoiles filantes, il faut y aimer les murs auxquels on s’accroche; ce sont nos guides, la seule texture de la nuit. Mur inca, sans interstices, mur des lamentations, salé de larmes, mur de Chine, ver de terre qu’on dit visible de la lune, mur de Berlin, rigide et fragile, mur du son, conquête de l’espace, mur de silence en paires d’yeux qui accusent, murmure. Je suis ce que je suis. J’ai peur, je suis seul.
Est-ce mes yeux qui s’habituent à la nuit ? Est-ce l’aube qui s’en extirpe ? Je vois. Les murs ont des portes, des extrémités, des échelles, des ponts-levis, des tremblements de terre. Les murs n’aiment pas la lumière, ils croulent, ils retournent dans leurs carrières, l’horizon respire. Je vois les autres, comme moi ébahis, oiseaux nocturnes, les yeux encore bouffis. Bonjour, citoyens du monde, levons au ciel nos bras en signe de merci. Le jour s’est levé, dans quelle prairie allons-nous le célébrer ? La vie traverse la nuit et l’aboutissement de la nuit est dans la lumière.
Résonance
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