Le conflit entre dans notre vie chaque fois que nous essayons de nier la réalité au prix de l’abandon de notre propre identité. La famille d’un alcoolique ou d’un toxicomane est le lieu de prédilection du conflit puisque chacun s’y affaire à nier le problème central ou à essayer de le contrôler dans ce qu’il a d’incontrôlable.
Les proches du toxicomane, tout en lui faisant porter la responsabilité de tous leurs maux, s’appliquent à “éponger” la véritable responsabilité qui lui revient et l’empêchent, par le fait même, de pouvoir faire face aux pleines conséquences de ses actes, condition de base de tout désir de changer. Ils le font avec des intentions si nobles que la codépendance qui inspire leurs efforts passe souvent pour de l’héroïsme: nous voulons l’aider, nous ne voulons pas qu’il aille en prison, qu’il perde son emploi, etc. Il est évident que la survie économique de ceux qui dépendent du toxicomane peut être sérieusement menacée par ses agissements et que leur désarroi est profond.
Toutefois, la triste réalité du codépendant est qu’il troque tout ce qui fait la dignité et le respect de soi contre l’illusion que cela va changer le cours des choses. Une telle existence ne connaît bientôt plus de répit et, si une trêve survient, elle est accompagnée de telles angoisses quant à sa durée, que la dépression ou la colère finissent par devenir des refuges préférables à l’anxiété.
Notre rétablissement vise à retrouver l’intégrité en réinstaurant tous nos droits, attributs et responsabilités et en respectant ceux des autres. C’est d’une véritable désintoxication mentale qu’il s’agit. Nous redéfinissons les frontières individuelles sans lesquelles nous ne saurions avoir de relations harmonieuses. Nous apprenons à respecter la liberté des autres, même si l’usage qu’ils en font n’est pas conforme à nos principes. Avec le détachement vient la sérénité.