Très tôt à l’école, nous avons appris à retenir certaines questions de peur qu’on nous tourne en ridicule pour les avoir posées. La peur de paraître plus ignorants que les autres est souvent un indice que nous pensons l’être. Plus tard, leur regard critique, réel ou imaginaire, continue à jouer un rôle important dans nos interactions avec eux. Certains d’entre nous sont ainsi devenus maîtres dans l’art de gérer les impressions des autres. Ainsi, l’écriture du journal le plus intime se transforme parfois en véritable correspondance destinée à un observateur invisible ou à un futur lecteur imaginaire, tantôt critique littéraire, tantôt parent ou ami surpris d’être passé à côté de tant de sensibilité sans la reconnaître. Notre observateur invisible est, en fait, l’oeil de la peur et de la honte chronique. Sous son regard, toute communication devient manipulation.
Notre rétablissement marque la fin d’une tragique mascarade. C’est avec soulagement que nous sortons de la clandestinité pour embrasser notre humanité. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire. Sans un entourage favorable à notre démarche et sans l’exemple courageux de ceux qui nous ont précédés dans cette libération, nous restons prisonniers de nos peurs et de la honte d’être nous-mêmes. Un bien triste destin, en vérité, quand on pense à tous ceux qui passent sans jamais avoir osé être.
Résonance
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