S’il est un jour où se mêlent souvenirs et tombes, c’est celui où nous commémorons l’armistice de la Première Guerre mondiale. Dans un minuscule carnet où il notait ses souvenirs de guerre, en date du 28 juin 1916, mon grand-père, rentrant d’une mission de ravitaillement des troupes, à Verdun, notait au crayon violet : “Ce que nous voyons et entendons est impossible à décrire. Je ne croyais jamais en sortir vivant […] Ce n’est que feu, fumée et une odeur de poudre nous saisit à la gorge. La terre tremble sous nos pieds. […] Quelle nuit inoubliable.”
Notre passé contient sa part de nuits inoubliables et notre rétablissement les transforme en atouts au service de notre épanouissement. Les secrets dont nous entourons les événements les plus marquants du passé sont des tombes où est ensevelie une partie vivante de nous-mêmes. Le mot secret a la même racine grecque que le mot cribler qui signifie séparer. Les pertes de mémoire des victimes de chocs émotionnels violents sont des cribles qui les séparent de la réalité. La réalisation de soi est incompatible avec la séparation et l’ensevelissement d’une partie de soi dans le secret. Cela ne signifie nullement que le discernement n’est pas de mise dans la révélation de nos secrets. L’émergence des parties cachées de notre personnalité est une démarche intime. Rendre publics certains détails de notre passé ne ferait que nous exposer à d’autres viols de nos frontières individuelles. Inspirons-nous plutôt de la sagesse des Étapes, en particulier de la cinquième. Le partage des découvertes faites au cours de l’examen minutieux de notre personnalité y est suggéré avec Dieu, avec nous-mêmes et avec un autre être humain. Se rétablir, c’est quitter des sépulcres où nous ne voulons plus habiter.
Aujourd’hui, je n’ai plus de secrets.
Résonance
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