Premier décembre

L’homme dissipe son angoisse en inventant ou en adaptant des malheurs imaginaires.

— Raymond Queneau

   Nous sommes doués de remarquables facultés d’autosuggestion qui, selon l’usage qu’on en fait, peuvent constituer un atout ou un outil d’autodestruction. Compter les moutons pour s’endormir et méditer en se concentrant sur un mot ou une image sont des techniques d’ancrage mental bien connues. Les récits d’héroïsme mentionnent également une concentration hors pair chez ceux qui se sortent de situations apparemment désespérées. Il est par contre des circonstances où l’ancrage mental est utilisé pour masquer un glissement général de l’existence par rapport à la réalité.
L’autosuggestion constitue alors un déni et conduit au naufrage. Plus tragique encore, nous nous accrochons parfois à certains malheurs pour en éviter d’autres, comme si nous pensions qu’en écrivant “occupé” sur la porte par où ils doivent entrer, ils rebrousseront chemin. Enfants, nous avons peut-être appris que la façon la plus sûre d’obtenir qu’on s’occupe de nous était d’être malades ou d’effectuer un travail difficile. Les rôles adultes de “martyr”, de “garde-malade” ou de “superman” ne sont que les adaptations pour grandes personnes de nos découvertes d’enfance en matière de contrôle.

   Pour mettre fin à l’autosuggestion destructive, nous devons faire face à l’angoisse qui l’inspire, née d’une inaptitude à trouver l’harmonie entre l’individualité et l’interdépendance. La fraternité des clients de notre bar favori ou celle des complices habituels de nos autosuggestions n’est pas de nature à nous aider à nous en libérer. Nous avons besoin d’un milieu où le déni est tabou. En reconnaissant nos angoisses chez les autres, nous recouvrons notre humanité et nous rapprochons de nous-mêmes.

Aujourd’hui, j’accepte l’angoisse.

Résonance

Si cette feuille a fait naître en vous une pensée, une émotion ou un écho, vous pouvez la déposer ici, simplement. Cet espace n’est pas un lieu de débat, mais un lieu de partage discret et respectueux.

Afin de préserver un espace de partage simple et respectueux, la longueur des messages est limitée à 1500 caractères, espaces comprises. Les liens URL n’y sont pas permis. Merci de rester dans l’esprit de la pensée du jour.
0 / 1500 caractères (espaces comprises)
Scroll to Top