On raconte l’histoire de ce preux chevalier dont la réputation était grande tant il s’était couvert de gloire au combat. Ayant fait halte dans une auberge pour y festoyer, notre homme se laissa aller à de joyeuses libations et tomba bientôt endormi sur le plancher de la salle où on lui avait servi à boire. Émergeant de son ivresse au beau milieu de la nuit, il découvrit avec stupeur qu’il était seul dans la pièce à peine éclairée par les braises mourantes de la grande cheminée, chacun s’étant retiré. Se dirigeant vers la porte, il la frappa d’un violent coup d’épaule, mais elle résista. Quelque traître, pensa-t-il, l’aura attiré dans un guet-apens et fait prisonnier. La bataille fut épique. Toute la nuit notre chevalier se rua contre les lourds battants de chêne, mais en vain. À l’aube, au comble de la rage, il sortit son épée du fourreau et, Don Quichotte médiéval partant à l’assaut, en asséna un coup violent contre la porte. Le bois gémit à peine et l’épée y resta solidement enfoncée. C’est en essayant de la reprendre, que le chevalier s’aperçut que la porte s’ouvrait vers l’intérieur.
On trouve l’histoire plutôt simpliste jusqu’au jour où l’on s’aperçoit qu’on a passé bien des années à livrer bataille aux ennemis invisibles d’un destin qui n’a pas coopéré. Les tirades de l’adulte encore furieux de n’avoir pas eu l’enfance qu’il voulait et la croisade bien intentionnée des parents ou amis du toxicomane qui essaient de réussir ce que le principal intéressé lui-même n’a pas le pouvoir de changer sont des histoires de chevaliers en état d’ébriété. La porte de notre destin s’ouvre vers l’intérieur et la franchir requiert le courage de reconnaître les ivresses du passé.
Aujourd’hui, je pose les armes et je rejoins l’humanité.
Résonance
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