Nous nous sentons parfois comme des oiseaux cloués au sol, l’aile brisée par quelque événement tragique ou tout simplement rognée par la routine. Certains s’en remettent à leur imagination et, par l’intermédiaire de Jonathan le Goéland ou de quelque autre oiseau glorifié, font en rêve leurs seules excursions dans l’azur. D’autres ont recours aux ailes factices de la chimie, de l’alcool, des drogues, de la cristallisation amoureuse, de l’excitation sous toutes ses formes, pour tenter de s’élever au-dessus d’un quotidien morose. Nous éviterions bien des atterrissages en catastrophe si nous savions tirer leçon du mythe d’Icare. Muni d’ailes assemblées avec de la cire et faisant fi des avertissements de Dédale, son père, Icare s’était trop rapproché du soleil. La cire avait fondu, les ailes s’étaient désintégrées et Icare avait péri, noyé dans le bras de mer qu’il tentait de traverser.
L’apprentissage du vol est indissociable de celui de l’atterrissage ou du décollage. La plupart des accidents d’avion se produisent à ces moments de transition entre deux états fort différents. Notre vie offre aussi des niveaux d’expérience fort différents. Le monde visible s’explore les pieds bien ancrés sur terre. L’univers indivisible, visible et invisible, s’explore par l’élévation de l’âme qui prend conscience d’en faire partie. C’est dans cette dimension que nous devenons des aigles planant au-dessus des montagnes. Nous ne devrions jamais nous y aventurer sans nos propres ailes et sans la maîtrise du décollage et de l’atterrissage. Les manifestations de l’Esprit dans le monde visible nous fournissent un apprentissage spirituel qui nous prépare à des courses plus audacieuses vers l’infini et le mystère.
Aujourd’hui, je lisse mes ailes.
Résonance
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