Est-il raisonnable d’exposer notre organisme à des substances chimiques qui détruisent des millions de cellules de notre cerveau et sous l’influence desquelles nous avons des comportements destructeurs? Est-il raisonnable de se priver d’aliments au point d’en dépérir ou, au contraire, de se forcer à vomir ou de se purger pour en ingurgiter davantage? Est-il raisonnable de se traîner au travail avec la grippe, parce qu’on se sentirait trop coupable en prenant un jour de congé? C’est comme si, dans ces moments-là, une force invisible neutralisait notre pouvoir d’agir dans notre meilleur intérêt. Une recherche des racines de ces comportements nous ramène inévitablement à un passé où nous n’avions souvent pas le choix et où notre meilleur intérêt était de fuir la réalité. Le choc émotionnel est un terrain fertile pour les compulsions. Toutefois, la compréhension de ce qui nous est arrivé ne nous procure généralement qu’un soulagement de courte durée et les rechutes se succèdent sous le déclic puissant de nos compulsions. Comment nous en étonner si nous avons confié notre vie à une volonté qui, dans le passé, a conclu un pacte avec des automatismes de protection et s’y soumet dès que l’impuissance se fait sentir?
Le rétablissement consiste à cesser d’aller à l’encontre de la vie sous prétexte de se protéger. Déterminé à ne pas lâcher prise, notre ego nous demande des preuves de sécurité, nous énumère les mille raisons pour lesquelles la confiance est un piège. Plutôt que de nous engager dans un débat stérile avec lui, passons aux actes en nous immergeant dans la sécurité de l’entraide. Peut-être alors cet ego protecteur aussi bien intentionné que maladroit acceptera-t-il de céder la barre.