Dix-sept novembre

Peu mais bon.

— Devise cryptographique

   Nous vivons à une époque où le concept de quantité domine à peu près partout celui de qualité. La notion de progrès lui est asservie : le progrès, c’est la croissance, c’est toujours plus, plus haut, plus gros, plus cher, plus puissant. On s’inquiète lorsque les indices de croissance montrent des signes de ralentissement. De cette nervosité chez ceux qui ont en main des leviers économiques importants naît l’instabilité et la crise. Nous sommes “quantooliques” ou “co-quantooliques”, impuissants devant la séduction de la quantité. Les partenaires familiaux de l’alcoolique savent quelque chose d’une telle dépendance. L’alcoolique est en effet l’exemple même de l’individu asservi à la quantité : encore un verre, juste un peu plus et tout ira bien. On sait aussi ce qui se produit lorsque l’angoisse pointe sa tête dans la vie de l’individu compulsif : le manque se fait sentir et son degré d’asservissement au grand remède monte d’un cran.

   Notre rétablissement nous ramène à faire passer la qualité avant la quantité. La recherche du bonheur à travers l’addition est l’équivalent futile du remplissage d’un seau percé. La qualité de notre vie ne se mesure pas en croissance d’indices ou en biens de consommation, mais en harmonie intérieure. Il ne s’agit pas de décrier les acquis technologiques, médicaux ou informatiques dont beaucoup sont les produits de la course au progrès. Le corps a ses exigences pour que fonctionne l’esprit. Il s’agit par contre d’établir des priorités : le statut social ou l’expression de soi par sa profession, les possessions matérielles ou le confort simple, le faste de la table familiale ou la chaleur qui règne autour, le nombre ou la qualité de ses amis. Remettre à plus tard sa réponse à l’appel de la qualité ressemble aux tergiversations de l’alcoolique à l’idée de rentrer chez lui : “Encore un verre et j’arrive !”

Aujourd’hui, je fais passer la qualité avant la quantité.

Résonance

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