Trente janvier

On s’épar- gnerait bien de tristes étonnements, si l’on se mettait dans la tête une fois pour toutes qu’autrui n’est pas soi, même quand il vous aime.
— Henry de Montherlant

 Ceux parmi nous dont les frontières individuelles sont mal définies ont de la difficulté à réconcilier l’attachement qu’ils éprouvent envers les autres avec la poursuite d’un destin foncièrement individuel. L’attrait ressenti envers tel ou telle autre est souvent mis au service d’un besoin pressant de s’évader de soi. “Se prendre pour un autre” est une expression généralement réservée pour décrire la grandiosité. Elle pourrait tout aussi bien décrire l’attitude du codépendant dont l’identité ne semble s’affirmer que lorsqu’il est entouré de ses satellites préférés.

   La façon la plus sûre de savoir où les autres commencent est de découvrir d’abord là où l’on finit. Le but de l’entraide est de faire un usage maximal d’une liberté fondée sur l’acceptation de limites réalistes. Lorsque la sagesse du Tao Te Ching affirme que “l’amour inconditionnel ressemble parfois à s’y méprendre à de l’indifférence”, il ne s’agit pas de la variété boudeuse ou glaciale de l’indifférence, mais d’une façon d’interagir qui ne s’accompagne pas d’une modification de la personnalité des partenaires. Sortir de la codépendance, c’est comprendre “une fois pour toutes qu’autrui n’est pas soi, même quand il nous aime.”

Aujourd’hui, j’aime sans abandonner ce qui est unique en moi.

Résonance

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