“Un jour à la fois” est un slogan maintes fois répété dans les programmes d’entraide inspirés des Douze Étapes des Alcooliques Anonymes. Une tâche apparemment démesurée ou une situation qui nous semble désespérée deviennent souvent plus faciles à gérer lorsqu’on les aborde avec une stratégie à court terme. La réalité la plus pressante est celle de la journée qui commence, voire de l’heure ou de la minute. Ceux d’entre nous qui pratiquent la bicyclette savent qu’une côte paraît moins difficile à gravir lorsque l’on fixe les yeux sur la route juste en avant de soi plutôt que sur le sommet encore lointain. C’est “une vague à la fois” que la mer roule les galets et les réduit en sable fin et “un pas à la fois” que l’enfant apprend à marcher. La rigidité qui caractérise les milieux affectés par les troubles compulsifs se traduit par une tendance aux ultimatums du genre “tout ou rien” et “maintenant ou jamais”. Adeptes de la gratification immédiate, nous avons beaucoup de difficulté à laisser passer les moments difficiles sans poser le geste impulsif qui, s’il semble approprié pour le soulagement qu’il procure, compromet notre croissance et notre liberté à long terme.
Comme l’arbre qui n’accède à sa pleine maturité et splendeur qu’en traversant les saisons une feuille à la fois, nous apprenons les gestes du rétablissement dans l’entraide un jour à la fois et nous domestiquons la sérénité un silence à la fois. Un avenir serein est à notre portée si nous y entrons maintenant, en rejoignant le présent.