Vingt-sept février

[…]la trentaine est un âge difficile. […]la vie est finie, l’existence commence.
—André Bayt
   Plusieurs d’entre nous avons connu les explications faciles données par une tradition populaire implacable aux diverses époques de notre jeunesse. Nous avions moins de dix ans qu’on nous demandait peut-être déjà de cesser de nous comporter comme des enfants. Nos seize ans furent traités d’âge bête ou ingrat. A vingt ans, nous étions “les jeunes d’aujourd’hui” dont on parlait avec un haussement d’épaules. La trentaine nous fit “jeunes loups”, convoitant le pouvoir des anciens affaiblis. Et déjà, nos propres enfants ayant atteint l’âge des premiers clichés, nous avons repris, à leur endroit, le conflit des générations tandis qu’ils nous traitaient déjà de “dinosaures”.

   L’entraide nous offre l’occasion de cesser de tourner en rond et de passer du cercle vicieux de la réaction à une existence basée sur l’acceptation et l’expression de soi. La transition n’est ni instantanée ni irréversible et ses exigences nous font parfois nous demander si nous n’aurions pas mieux fait de continuer à vivre comme avant. Le rétablissement est lent mais, si nous avons la foi dans la Vie, à chaque revers nous repartons avec le soutien de nos groupes. La vie ne commence ni ne finit à vingt ou à trente ans, elle commence chaque jour où nous avons l’esprit ouvert et s’arrête chaque fois que nous laissons descendre sur nous l’étouffoir de nos préjugés.

Aujourd’hui, j’abandonne mes préjugés sur l’âge.

Résonance

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